HLRnet.com: Textes
 

La lacune d'information comme motif en EFLE

 

Hans Le Roy
CVO KHNB
EHSAL

Ces dernières années les activités et les évaluations relatives aux quatre compétences ont captivé toute l'attention des professeurs de FLE, et à raison. Reste à savoir si les étudiants et cursistes perçoivent cette efficacité de la même façon. Poser la question, c'est y répondre: les cursistes n'ont pas cette même préoccupation 'technique' des compétences. Mais ils ont d'autres questions, d'autres besoins auxquels il faut répondre.
 
 

Dans ces lignes, nous voulons nous centrer sur une approche permettant à un public adulte non universitaire (celui des Volkshogeschüle) de traduire leur motivation en motifs d'apprentissage. Nous donnons la signification suivante à ces deux termes:
 
 

La lacune d'information ressentie par le cursiste

 

 
 
 

Au moment où un cursiste décide de s'inscrire, et à chaque fois qu'il prend la peine d'assister aux cours et de participer aux activités il se situe par rapport aux besoins langagiers qu'il ressent et qui pour lui sont autant de besoins d'apprentissage. Parmi ceux-ci on pourrait distinguer:
 
 

En général, ce sont des choses dont l'apprenant est conscient qu'il ne les sait pas ou qu'il ne sait pas les faire ou utiliser. Pour lui en général, la distinction entre savoir (connaissances) et savoir faire (compétences) n'est pas clair. Le plus souvent, ces lacunes conscientes sont les motifs pour des questions posées.

 
 

La lacune d'information organisée

 

 
 
 

Au courant du processus d'enseignement/apprentissage, l'enseignant et le matériel confronteront l'apprenant à beaucoup de lacunes qu'il doit franchir. Nous les appelons lacunes organisées en ce qu'elles ne surgissent pas de l'apprenant mais lui sont en quelque sorte opposées.
 
 

Une passerelle entre les deux

 

 
 
 

Il va sans dire que l'apprentissage sera plus spontané et plus efficace si les lacunes spontanées sont reconnues tant soit peu par l'apprenant dans les lacunes organisées. Pour cela, cinq moyens relativement simples sont à notre disposition:
 
 

    Être à l'écoute de l'apprenant pour que les lacunes organisées soient les plus reconnaissables possible. Cela suppose l'élimination pure et simple d'exercices avec lesquels l'apprenant ne peut s'identifier.
    Travailler aussi avec des lacunes surgies des apprenants eux-mêmes, notamment lors des discussions de classe, du travail en groupes et lors de toutes sortes d'activités de communication.

    Eviter que les lacunes ne soient trop grandes. Il faut que les cursistes puissent identifier le type d'information requise, et qu'ils disposent d'une source où ces informations sont disponibles. Si cette source est un compagnon, on peut organiser des conversations (ou du moins des activités d'échange orale sous forme de pseudo-conversations) à partir de ces données.

    Eviter des lacunes trop évidentes, qui risquent d'infantiliser l'apprenant ou de lui inspirer une sensation de condescendance.

    Laisser surgir des lacunes lors de l'apprentissage même (dans les activités, lors des exercices et des conversations). Certes, cela suppose un ralentissement du rythme de l'apprentissage programmé - par le professeur - mais le rythme d'apprentissage effectif - celui des apprenants - s'en trouvera renforcé.

Un modèle

 

 
 
 

Le modèle que nous avons devant les yeux, c'est celui d'une toile d'araignée multidimensionnelle dans laquelle les fils déjà établis sont à la fois des points d'appui pour d'autres fils et des délimitateurs de trous à combler. Cela montre par ailleurs qu'il n'est pas sensé de vouloir combler toutes les lacunes. Mais au même moment apparaît l'évidence qu'il faut une structure pour sous-tendre le travail des lacunes dans laquelle celles-ci puissent s'inscrire. Si tout est lacune, il ne reste plus que le grand trou noir.
 
 

Une lacune est d'autant plus facile qu'elle est prévisible, que les fils ne sont pas trop éloignés - par exemple parce qu'on dispose d'indices sur les informations qui manquent: on connaît le type d'informations manquantes, on connaît la liste des mots, etc.
 
 

La lacune comme motif d'exercices de compréhension

 

 
 
 

Lors d'exercices de compréhension on peut envisager d'utiliser des stratégies lacunaires de la façon suivante:
 
 

    On élabore deux questionnaires sur l'enregistrement (la vidéo, la conversation, .) qu'on va écouter. Ces deux questionnaires n'ont aucune question en commun, et toutes les réponses sont brèves (un verbe ou un groupe nominal, par exemple).
    Avant l'écoute on distribue les questionnaires en divisant la classe en deux zones. Par exemple: ceux assis à gauche d'une table ont un questionnaire, les autres l'autre questionnaire. Ou encore: les tables à gauche ont le premier questionnaire, les autres le second. Après l'écoute et la réponse aux questions, les cursistes vont chercher quelqu'un de l'autre zone pour répondre aux questions de l'autre questionnaire et vérifier les données.

La lacune comme motif d'exercices écrite: les exercices à trous

 

 
 
 

Une pratique fort ancrée dans la pratique de l'enseignement des langues étrangères, c'est celle de l'exercice à trous. Vous en connaissez sans aucun doute notamment les modalités suivantes:
 
 

A partir de cette donnée de base, des variantes peuvent être imaginées:

 
 
Après un règne presque absolu de l'exercice à trous, il est tombé en désuétude. Mais les possibilités de l'emploi de l'informatique en classe de langue ont permis de redécouvrir les vertus didactiques de ce type d'activités.

 
 

La lacune comme motif d'exercices oraux: les conversations

 

 
 
 

L'information lacunaire est une base fructueuse de conversations en classe, et il y a de nombreuses publications qui s'y appuient. Nous donnons deux exemples applicables tels quels, mais qui veulent surtout servir de source d'inspiration.
 
 

Le premier exemple se situe au niveau élémentaire ou intermédiaire bas. Si l'on veut pratiquer les structures d'expression de goût, dégoût et indifférence, on peut élaborer une grille comme celle-ci:
 
 
 
Sortir le soir Faire du foot Voyager Écouter de la musique Aller au cinéma Se lever tard Faire la cuisine
Charles + ++ 0
Pierre + ++ + -
Caroline -- + --
Josée ++ -- - ++
Toi
Ton partenaire

et une grille complémentaire dans laquelle les autres cases sont remplies (sauf bien sûr pour les deux dernière rangées).
 
 

Cette grille est accompagnée d'un tableau dans lequel on explique les symboles (++: il/elle adore; +: il/elle aime; 0: cela ne l'intéresse pas; -: il/elle n'aime pas; --: il/elle déteste)
 
 

Les cursistes se mettent par groupes de deux et ils ont chacun une feuille différente. Après de brèves consignes la conversation démarre presque toute seule. C'est que l'intérêt de la lacune motive fortement à poser les questions afin d'obtenir les informations manquantes pour compléter les informations. Et à mesure que les groupes s'habituent à ces activités, leur efficacité en augmente encore plus.
 
 

A un niveau plus élevé, on peut faire une activité ludique dans laquelle ce sont les cursistes eux-mêmes qui sont à l'origine des lacunes. Nous avons mené avec succès le jeu-projet suivant sur la cuisine.
 
 

En guise de conclusion

 

 
 
 

Il nous semble important que l'apprenant reconnaisse ses besoins d'apprentissage dans les activités menées en classe. C'est le professeur qui est chargé de capter ces besoins et attentes par des activités motivantes. Pour ce faire, le professeur peut recourir à des stratagèmes où interviennent des lacunes, à condition bien sûr de structurer ces lacunes, la façon dont elles seront comblées, et de les relier aux besoins langagiers dont il a été question.
 
 

1 Nous employons le masculin comme forme neutre, non pour dénoter un sexe.

hlrnet.com