Ces dernières
années les activités et les évaluations relatives
aux quatre compétences ont captivé toute l'attention des
professeurs de FLE, et à raison. Reste à savoir si les étudiants
et cursistes perçoivent cette efficacité de la même
façon. Poser la question, c'est y répondre: les cursistes
n'ont pas cette même préoccupation 'technique' des compétences.
Mais ils ont d'autres questions, d'autres besoins auxquels il faut répondre.
Dans
ces lignes, nous voulons nous centrer sur une approche permettant à
un public adulte non universitaire (celui des Volkshogeschüle)
de traduire leur motivation en motifs d'apprentissage. Nous donnons la
signification suivante à ces deux termes:
Au moment
où un cursiste décide de s'inscrire, et à chaque fois
qu'il prend la peine d'assister aux cours et de participer aux activités
il se situe par rapport aux besoins langagiers qu'il ressent et qui pour
lui sont autant de besoins d'apprentissage. Parmi ceux-ci on pourrait distinguer:
des lacunes en compréhension
des lacunes en actes de parole
des lacunes sur le plan culturel
Au courant
du processus d'enseignement/apprentissage, l'enseignant et le matériel
confronteront l'apprenant à beaucoup de lacunes qu'il doit franchir.
Nous les appelons lacunes organisées en ce qu'elles ne surgissent
pas de l'apprenant mais lui sont en quelque sorte opposées.
Il va
sans dire que l'apprentissage sera plus spontané et plus efficace
si les lacunes spontanées sont reconnues tant soit peu par
l'apprenant dans les lacunes organisées. Pour cela, cinq
moyens relativement simples sont à notre disposition:
Eviter que les lacunes ne soient trop grandes. Il faut que les cursistes puissent identifier le type d'information requise, et qu'ils disposent d'une source où ces informations sont disponibles. Si cette source est un compagnon, on peut organiser des conversations (ou du moins des activités d'échange orale sous forme de pseudo-conversations) à partir de ces données.
Eviter des lacunes trop évidentes, qui risquent d'infantiliser l'apprenant ou de lui inspirer une sensation de condescendance.
Laisser surgir des lacunes lors de l'apprentissage même (dans les activités, lors des exercices et des conversations). Certes, cela suppose un ralentissement du rythme de l'apprentissage programmé - par le professeur - mais le rythme d'apprentissage effectif - celui des apprenants - s'en trouvera renforcé.
Le modèle
que nous avons devant les yeux, c'est celui d'une toile d'araignée
multidimensionnelle dans laquelle les fils déjà établis
sont à la fois des points d'appui pour d'autres fils et des délimitateurs
de trous à combler. Cela montre par ailleurs qu'il n'est pas sensé
de vouloir combler toutes les lacunes. Mais au même moment apparaît
l'évidence qu'il faut une structure pour sous-tendre le travail
des lacunes dans laquelle celles-ci puissent s'inscrire. Si tout est lacune,
il ne reste plus que le grand trou noir.
Une lacune
est d'autant plus facile qu'elle est prévisible, que les fils ne
sont pas trop éloignés - par exemple parce qu'on dispose
d'indices sur les informations qui manquent: on connaît le type d'informations
manquantes, on connaît la liste des mots, etc.
Lors
d'exercices de compréhension on peut envisager d'utiliser des stratégies
lacunaires de la façon suivante:
Une pratique
fort ancrée dans la pratique de l'enseignement des langues étrangères,
c'est celle de l'exercice à trous. Vous en connaissez sans aucun
doute notamment les modalités suivantes:
On peut supprimer des mots appartenant à un domaine lexical que l'on est en train de travailler.
On peut fournir la liste des syllabes qui constituent les mots en question.
On peut donner le texte à un groupe de cursistes, et la liste des mots à un autre groupe. Les cursistes sont alors obligés d'échanger des informations.
L'information
lacunaire est une base fructueuse de conversations en classe, et il y a
de nombreuses publications qui s'y appuient. Nous donnons deux exemples
applicables tels quels, mais qui veulent surtout servir de source d'inspiration.
Le premier
exemple se situe au niveau élémentaire ou intermédiaire
bas. Si l'on veut pratiquer les structures d'expression de goût,
dégoût et indifférence, on peut élaborer une
grille comme celle-ci:
| Sortir le soir | Faire du foot | Voyager | Écouter de la musique | Aller au cinéma | Se lever tard | Faire la cuisine | |
| Charles | + | ++ | 0 | ||||
| Pierre | + | ++ | + | - | |||
| Caroline | -- | + | -- | ||||
| Josée | ++ | -- | - | ++ | |||
| Toi | |||||||
| Ton partenaire |
et une
grille complémentaire dans laquelle les autres cases sont remplies
(sauf bien sûr pour les deux dernière rangées).
Cette
grille est accompagnée d'un tableau dans lequel on explique les
symboles (++: il/elle adore; +: il/elle aime; 0: cela ne l'intéresse
pas; -: il/elle n'aime pas; --: il/elle déteste)
Les cursistes
se mettent par groupes de deux et ils ont chacun une feuille différente.
Après de brèves consignes la conversation démarre
presque toute seule. C'est que l'intérêt de la lacune motive
fortement à poser les questions afin d'obtenir les informations
manquantes pour compléter les informations. Et à mesure que
les groupes s'habituent à ces activités, leur efficacité
en augmente encore plus.
A un
niveau plus élevé, on peut faire une activité ludique
dans laquelle ce sont les cursistes eux-mêmes qui sont à l'origine
des lacunes. Nous avons mené avec succès le jeu-projet suivant
sur la cuisine.
Il nous
semble important que l'apprenant reconnaisse ses besoins d'apprentissage
dans les activités menées en classe. C'est le professeur
qui est chargé de capter ces besoins et attentes par des activités
motivantes. Pour ce faire, le professeur peut recourir à des stratagèmes
où interviennent des lacunes, à condition bien sûr
de structurer ces lacunes, la façon dont elles seront comblées,
et de les relier aux besoins langagiers dont il a été question.