L'apprentissage autonome peut se réaliser soit en autonomie complète (à distance, sans la présence d'un enseignant) ou en semi-autonomie, en complément à des activités de cours plus classiques. Le support pour la partie autonome peut comprendre des livres ou cours imprimés, des feuilles de travail, des logiciels, des cassettes vidéo et/ou audio etc. (note1).
Ce n'est pas le type physique de support qui détermine s'il est
utilisable pour fonctionner en autonomie. Ce qui compte, ce sont des exigences
internes qu'on détaillera plus bas.
Comme le matériel ne sera pas utilisé par un groupe d'apprenants
qui l'emploi simultanément, on n'est pas obligé d'imposer
un ordre linéaire. On pourra donc faire appel à des renvois
ou d'autres procédés permettant de rompre la linéarité
inhérente à l'organisation du matériel. A ce moment-là,
il s'agit d'élaborer des access devices valables (appareils
d'accès, dans la terminologie de Rowntree 1995:40 et 123-128).
Rowntree (1995:42) propose entre autres les analyses suivantes: les facteurs démographiques (le nombre d'apprenants, leur âge, leur sexe, leur origine culturelle (note 2), leurs occupations, d'autres facteurs concernant l'entourage ou le pays d'origine pouvant influer sur l'apprentissage), les facteurs motivationnels (le pourquoi de l'apprentissage, la relation entre le programme d'apprentissage et leur vie et leur travail, leurs attentes, espoirs et craintes), les facteurs relatifs à l'apprentissage (les croyances sur ce qu'est l'apprentissage, les styles d'apprentissages préférés, les compétences d'apprentissage dont ils disposent, les expériences antérieurs avec l'apprentissage ouvert), les facteurs relatifs au sujet (leur attitude face au sujet du programma, les connaissances préalables, mauvaises habitudes déjà prises et faux préjugés, intérêts et expériences personnels pouvant être pertinents pour le programma), les facteurs relatifs aux ressources (quand, où et comment se déroule l'apprentissage, qui paie leur participation, facilité d'accès à l'infrastructure, facilité d'accès au personnel de support (tuteurs, collègues, autres apprenants)).
Amplifier l'offre de stratégies d'apprentissage suppose entre autres de planifier le support aux apprenants, mais aussi de décider la séquence dans laquelle les éléments seront présentés, de de varier les exemples donnés et de proposer un maximum d'activités avec la correction et la remédiation adéquates.
Cette analyse faite, il ne faut pas réduire le public à un apprenant type. Il faut tenir compte de la diversité des individus participant, car cette diversité ne sera pas amadouée par la présence en un seul local et une coopération quasi permanente.
Le matériel utilisé peut se présenter sous deux aspects, souvent complémentaires: centré sur le sujet (en consultant du matériel, en discutant, en étudiant des documents ou d'autres médias, en se centrant sur les concepts et les principes de base) et/ou centré sur l'apprenant (discuter et analyser les connaissances et les compétences déjà acquises par certains, rappeler des difficultés antérieures.
Le support du programme peut combiner plusieurs médias, tels que des imprimés (livres ou cours déjà existants ou créés à l'occasion, guides d'étude se basant et référant à du matériel déjà publié - un glossaire est un exemple de ce type de documents), des documents audiovisuels ou technologique (comme des cassettes, des disques compacts, des émissions de radio ou de télévision, de la vidéo interactive (CD-I) ou des logiciels), des travaux pratiques ou en projet (expériences à faire chez soi, formulaires, travail sur le champ d'action, ...; tout cela en fonction du travail que devra accomplir ou qu'accomplit déjà l'apprenant), de l'interaction humaine à distance (liaison téléphonique entre l'apprenant et le tuteur ou entre les apprenants, conférence téléphonique, visioconférence etc.) ou en face à face (groupes d'aide mutuelle, assistance de la part de collègues, tuteurs actifs dans le domaine visé ou techniciens).
Une approche du processus même de l'apprentissage en autonomie
reste problématique. Linard (1995) revendique des cadres théoriques
mieux fondés pour asseoir les bases d'un apprentissage justifié,
et souligne en attendant la rapidité de l'évolution de la
formation à distance, et la complexité de l'apprentissage
qui est ainsi mis en oeuvre.
Un certain nombre des problèmes déjà mentionnés prennent une importance toute particulière s'il s'agit de formations en langues, qui exigent bien sûr d'autres transmissions de savoirs et de mises en pratiques qu'un cours en mathématiques, informatique ou électricité. En particulier, la perte de contact avec les autres apprenants pourrait se révéler coûteuses en terme de rentabilité, car elle compromet sérieusement les possibilités d'échange et surtout de conversation. D'autre part, l'emploi de documents authentiques 'du jour' est problématique. L'exploitation de documents authentiques n'est pas rendu impossible - ce que démontre par exemple clairement l'expérience Télé-Langues décrite par Compte et Dumont (1995). Par contre, l'apprentissage en autonomie ne permet pas l'intégration immédiate de documents authentiques présentant un grand intérêt actuel. En effet, la préparation et exploitation du matériel - il faut notamment prévoir que tous les participants puissent le travailler, et prévoir des activités avec remédiation aussi variée que possible - postposerait son introduction, ce qui lui enlèverait du même coup sa valeur actuelle 'chaude'.
On pourrait encore ajouter que certains aspects posent problème. Il s'agit d'autant d'aspects coutumiers de l'enseignement présentiel 'classique' dont l'absence dans l'apprentissage en autonomie doit susciter des questions, et inciter le formateur à combler ces lacunes.
C'est là une tâche ardue qui exige de l'équipe qui l'élabore, une collaboration, un sens critique et une imagination partagés et vivaces.
Mais au moins deux aspects du matériel pouvant fonctionner en
(semi-)autonomie restent en suspens et ne concernent pas l'équipe
qui développe le matériel: c'est la question de la source
de financement (Alexander dans Davies et Tinsley 1995:13) et celle du support
politique (Mahony 1995:140). Effectivement, s'il n'est pas clair qui va
financer l'équipement nécessaire, et dans quelle mesure l'effort
fourni sera soutenu sur une période assez large pour permettre d'établir
un réseau fonctionnel et de recueillir les fruits de l'effort pédagogique,
celui-ce sera inutile. La même remarque peut se formuler sur une
ambiance générale nécessairement favorable qui doit
soutenir les efforts entrepris.
BÉLISLE, Claire, "Évaluation de la vidéoprésence
dans la formation à distance", Davies et Tinsley (1995:82:84).
COMPTE, Carmen, DUMONT, Bernard, "Télé-langues: a different
distance training for foreign language teachers", Davies et Tinsley (1995:98-101).
DAVIES, Gordon, TINSLEY, David eds., Open and distance learning.
Critical success factors. Proceedings of the Internation Conference, Geneva,
10-12 October 1994, Erlangen, FIM, 1995.
EDWARDS, Alistair D.N., HOLLAND, Simon eds., Multimedia Interface
Design in Education, Berlin, Springer-Verlag (NATO ASI Series. Series
F. Computer and systems sciences 76), 1994.
KANSELAAR, G., DE TOMBE, D.J., Courseware evaluatie. Een instrument
ter beoordeling van de onderwijskundige en algemeen didactische aspecten
van programma's voor computer ondersteund onderwijs, De Lier, Academisch
Boeken Centrum, 1991.
KAFAI, Yasmin, Minds in play. Computer game design as a context
for children's learning, Hillsdale, Erlbaum, 1995.
KOMMERS, Piet, Hypertext and the acquisition of knowledge. Desgign
and evaluation of two user interfaces for the exploration of concept related
text in educational settings, Universiteit Twente, 1990.
LINARD, Monique, "La distance en formation: une occasion de repensr
l'acte d'apprendre", Davies et Tinsley (1995:46-55).
LOCKWOOD, Fred ed., Open and distance learning today, London,
Routledge, 1995.
MAHONY, Mary Jane, "Beyond pedagogy and technology: critical factors
in the policy environment for distance and open education", Davies et Tinsley
(1995:139-142).
MINDER, Michel, Didactique fonctionnelle. Objectifs, stratégies,
évaluation, Bruxelles, De Boeck (Coll. De Boeck Université.
Pédagogies en développement. Traités), 6e éd.,
1991.
PAPERT, Seymour, The children's machine. Rethinking school in the
age of computer, New York, Harvester Weatsheaf, 1993.
ROWNTREE, Derek, Preparing materials for open, distance and flexible
learning. An action guide for teachers and trainers, New York, Kogan
Page (Open and distance learning series), 1995.
TENNYSON, Robert ed., Automating instructional design, development
and delivery, Berlin, Springer (NATO ASI Series), 1994.
TINSLEY, J. David, VAN WEERT, Tom eds., World Conference on computers
in Education IV. Liberating the Learner, London, Chapman & Hall,
1995.
VOSNIADOU, Stella ed., Technology-based learning environments. Psychological
and educational foundations, Berlin, Springer (NATO ASI Series), 1994.
WATSON, Deryn, TINSLEY, J. David eds., Integrating information technology
into education, London, Chapman and Hall, 1995.
Notes
1. Rowntree (1995:10) propose une liste plus importante.
Retour.
2. En fait l'auteur réfère à
la race. Pour notre part, nous préférons parler d'origine
culturelle, notion bien plus dynamique et plus apte à rendre compte
de diversités plus ou moins complexes. Retour.
3. Rowntree (1995:49-50) définit leur contraste
ainsi: les buts (aims) sont des affirmations globales sur ce que
l'apprenant pourrait apprendre ou ce que le professeur pourrait faire,
alors que les objectifs (objectives) formulent précisément
ce que les apprenants seraient (plus) capables de faire à la fin
de l'apprentissage. C'est en ce sens que Minder (1991:58-59) parle d'objectifs
définis en termes de "comportements observables". Retour.
4. Bélisle (1995:82-74) propose par exemple
quelques idées sur les usages de la vidécommunication.
Retour.
Texte mis sur Internet à titre de pré-publication le 28
juillet 1996 par Hans
Le Roy. Merci
de le signaler s'il vous semble intéressant, et de me communiquer
vos observations et suggestions.